Le registre FAST-MI montre une nette régression de la mortalité par infarctus en France, de 1995 à 2005
15 août 2006 | Dr Catherine Desmoulins

Paris, France -En matière de prise en charge de l'infarctus, force est de constater que des progrès considérables ont été faits ces dernières années. Alors que l'on connaît les premiers résultats du registre français FAST-MI[1], le National Health Service britannique publie également ses statistiques dans le British Medical Journal. [2]

FAST-MI (French registry on acute ST-elevation and non ST-elevation myocardial infarction) est un registre des patients hospitalisés dans les 48 h suivant le début d'un infarctus du myocarde (IDM), avec ou sans sus décalage ST, pendant une période de 31 jours consécutifs, au cours du dernier trimestre 2005. Deux cent vingt trois cliniques et hôpitaux ont participé, soit 60 % des institutions françaises qui prennent en charge les patients au stade aigu de l'infarctus.

Pr Nicolas Danchin
"Mais, en proportion, cela représente plus de patients ayant fait un infarctus, précise le président de la Société Française de Cardiologie, Nicolas Danchin (HEGP, Paris), car les gros centres ont presque tous participé. Nos données concernent probablement 70 à 75 % des patients qui ont fait un infarctus durant cette période."

FAST-MI a été mis en place par la SFC avec le soutien des laboratoires Pfizer, Servier et de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie.

La première analyse des données a essentiellement porté sur les infarctus avec sus décalage qui représentent la moitié des 3000 cas du registre.


L'angioplastie primaire est devenu le premier mode de revascularisation

"La population est assez semblable à celle des enquêtes de 1995 et 2000, commente le Pr Danchin pour Heartwire. En revanche, un progrès significatif dans l'utilisation des traitements de reperfusion et surtout dans les modalités du traitement de reperfusion est noté."

Ainsi, en 1995, 50 % de patients étaient reperfusés, 51% en 2000 et 60% en 2005. On observe une montée importante de l'angioplastie primaire passée de 13 % en 95 à 23 % en 2000 et à 33 % en 2005.

« Beaucoup de progrès ont été accomplis dans les traitements et le pronostic. Mais il en reste encore beaucoup à faire dans les circuits de prise en charge » Pr Nicolas Danchin (HEGP, Paris).

"Et sur l'ensemble de la population, le pourcentage sera plus élevé si l'analyse se limite aux patients admis dans les 12 premières heures, précise N Danchin. La montée en puissance de l'angioplastie est très régulière. Ce qui fait qu'elle est devenue la technique de reperfusion majoritaire en France. La thrombolyse a régressé mais elle est resté à une niveau stable par rapport à 2000 : 27 % au lieu de 28%. La grande différence vient de l'augmentation de la thrombolyse pré-hospitalière, pratiquée dans deux tiers des cas au lieu d'un tiers en 2000.

Dans le circuit des patients, plus d'un tiers appellent en premier le médecin généraliste devant une douleur thoracique, autant à peu près appellent le SAMU. " Cela montre que le circuit n'est pas optimal car on devrait être proche de 100 % d'appels du centre 15 "commente l'investigateur.

Or du numéro composé initialement par la victime ou ses proches, dépend le pourcentage de patients reperfusés et le type de reperfusion. "Plus on appelle le centre 15, plus on arrive tôt à l'hôpital et plus on a de chance d'être reperfusé."

On voit ainsi qu'après un appel du SAMU, 75 % des patients ont un traitement de reperfusion. Quand le médecin traitant est le premier appelé, le pourcentage passe à 47% et le chiffre s'abaisse encore quand c'est le cardiologue qui est joint : 41% de reperfusion.

Au point de vue de la mortalité hospitalière (au cinquième jour d'hospitalisation), on constate une diminution vraiment importante en dix ans : de 8,3 % en 1995, à 6,6 % en 2000 et 4,3 % en 2005. Pour les patients thrombolysés uniquement, elle passe de 5,8 % en 95, à 5,5 % 2000 et 2,6 % en 2005. "Le gain de survie est associé à l'augmentation de la thrombolyse pré-hospitalière entre 2000 et 2005, explique N Danchin. Alors qu'il n'y a pratiquement pas de changement entre 1995 et 2000.

A l'opposé, dans le groupe angioplastie primaire, la mortalité diminue très régulièrement, de 6,9 % en 1995 à 4,9 % en 2000 puis à 2,9 % en 2005. "Dans les deux cas de figure, la mortalité est très faible. La plus faible est celle obtenue avec la thrombolyse préhospitalière mais il s'agit d'une population de sujets un peu moins à risque. " 

Chez les patients qui n'ont eu aucun traitement de reperfusion, on a également une baisse de la mortalité très nette de 11 % en 1995 à 8% en 2000 et 6,7 % en 2005. "Une amélioration liée aux médicaments et à la prise en charge globale. On voit qu'aujourd'hui, un patient non reperfusé a la même mortalité précoce qu'un patient revascularisé par angioplastie primaire en 1995 (6,7% vs 6,9%).


Augmentation de la prescription de statines

En matière de traitements médicamenteux à la sortie de l'hospitalisation, les progrès sont relativement peu importants sauf pour les statines dans les 48 premières heures. Elles sont maintenant prescrites pour 75 % des patients contre 10 % en 1995.

"Beaucoup de progrès ont été accomplis dans les traitements et le pronostic. Mais il en reste encore beaucoup à faire dans les circuits de prise en charge. Cela va nécessiter une information générale du public "conclut N Danchin.



Les Britanniques pratiquent larga manu la thrombolyse

Le British Medical Journal a publié le rapport du National Health Service du Royaume-Uni sur les infarctus, analysé par le Royal College of Physicians. D'après les signataires de l'article, "faire un infarctus en Angleterre aujourd'hui garantit l'une des meilleures prises en charge qui soit comme le montre le recul de la mortalité". Malheureusement, cet article ne publie aucune donnée de mortalité...

Les chiffres portent sur les infarctus pris en charge dans les hôpitaux et les ambulances en 2005-2006. Elles révèlent que 83 % des sujets candidats à la thrombolyse ont reçu leur traitement dans les 30 minutes suivant l'arrivée à l'hôpital, comparativement à 44 % au début de l'année 2001. Et 58 % ont été thrombolysés dans les 60 minutes après l'appel d'un professionnel, contre 22 % en 2001. Enfin, le nombre de patients thrombolysés en pré-hospitalier a doublé : 2231 en 2005-2006 versus 1374 en 2004-2005.

Parallèlement, il existe une baisse de la mortalité (non chiffrée), que les auteurs expliquent de deux façons. La première est que de plus en plus de sujets sont pris en charge en préhospitalier par des « paramedics », 28 des 31 services d'ambulance du pays sont équipés. Deuxièmement, l'angioplastie primaire est plus souvent pratiquée : 1647 angioplasties en 2005-2006 au lieu de 1087 l'année précédente.

Interrogé sur ces résultats, le Pr Nicolas Danchin critique le manque de précisions des data : " l'absence de bonne description de la population prise en compte est pour moi problématique. Nous ne disposons pas de données sur les délais avant prise en charge et surtout aucune indication sur la mortalité hospitalière. On constate essentiellement une augmentation du pourcentage de thrombolyses et de thrombolyses préhospitalières. L'évolution historique montre qu'il y a eu incontestablement des progrès. Un autre élément positif dans ce rapport est le traitement à la sortie très conforme aux recommandations et à des taux, à mon avis, jamais atteints dans aucun registre. On a plus de 90 % de prescription d'aspirine, de bêta bloquant et de statine."


Références
  1. Premiers résultats de l'enquête Fast-MI (French Registry on acute ST-elevation and non st-elevation myocardial infarction). Communiqué de presse de la SFC. 13 juillet 2006.
  2. Faster delivery of drugs to heart attack patients cuts mortality; BMJ 2006 ; 333 :11, doi :10.1136/bmj.333.7557.11-b.




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