Pascal Gueret, pour la première fois un homme d'imagerie accède à la présidence de la SFC
16 janvier 2008 | Pascale Solère

Pr P Gueret
Paris, France — Signes des temps ? C'est un homme d'images qui accèdera à l'issue des Journées Européennes à la présidence de la SFC. « En ces circonstances particulières, je n'aurai que trois mois de vice-présidence quand je prendrai le relai. Une première mais je sais que je peux compter sur mes prédécesseurs comme Nicolas Danchin, Jean-Claude Daubert... pour m'épauler au besoin » souligne modestement Pascal Gueret, chef de service en Cardiologie à Créteil, CHU Henri-Mondor.

Sauf que les « Premières », oublie-t-il de préciser, il semble y être plus ou moins prédestiné. Et ceci tout au long d'un parcours où l'imagerie, alors balbutiante en cardiologie, prend très tôt une grande place.


De la Pitié-Salpêtrière à Montréal : les années étudiantes

Pascal Gueret a fait partie de la première promotion d'étudiants du CHU Pitié-Salpêtrière qui vient d'être créée suite à la loi de 1966. « Notre promotion est restée très soudée. En 2006, pour les 40 ans de la promo, on était plus de 250 sur les 300 étudiants initiaux, pas mal, non ? », souligne-t-il ne boudant pas son plaisir. Juste après avoir passé le concours de l'internat, sachant déjà qu'il se destine à la cardiologie, Pascal Gueret fait partie des premières « fournées » de médecins à partir en « coopé » au Canada. Il est dirigé vers l'Institut de Cardiologie de Montréal par J Guermonprés. L'institut est alors dirigé par Paul David et l'on y trouve Martial Bourassa, un des pionniers de la coronarographie diagnostique. « Bourassa avait mis au point une sonde qui permettait de faire des coronarographies diagnostiques. L'outil est utilisé à froid chez des patients « chroniques ». On est encore bien loin de la cardiologie interventionnelle ... » souligne P Gueret. « De mon côté, je travaille sur la mesure du débit sanguin dans le sinus coronaire selon le principe de la thermodilution, sur modèle animal. »


De Paris à Los Angeles : un internat dédié à la cardiologie et à la découverte de l'imagerie

De retour à Paris, Pascal Gueret fait ses 4 ans d'internat en cardiologie complétés par un semestre en réanimation, en pneumologie et en chirurgie cardiaque. « Les internes avaient alors peu accès aux plateaux techniques » se souvient-il. A la fin de cet internat, nouvelle traversée de l'Atlantique, destination Los Angeles.

« Nous sommes en 1978, l'institut est dirigé par Jeremy Swan, inventeur de la sonde à ballonnet et le laboratoire de recherche qui m'accueille est sous la houlette d'Eliot Corday, un directeur de recherche assez original dans sa pratique puisqu'il se consacrait à mi-temps à la recherche tout en exerçant, l'autre mi-temps, la cardiologie en cabinet privé à Beverly Hills... Ce laboratoire dispose déjà de l'échographie bidimensionnelle. Je l'utilise en particulier pour explorer l'impact d'un infarctus expérimental sur la fonction ventriculaire sur modèle animal. L'institut avait en effet développé un modèle d'infarctus par occlusion coronaire au ballonnet très intéressant quand d'autres laboratoires travaillaient encore sur ligature artérielle sur coeur ouvert » précise P Gueret. « Pour la petite histoire, quasiment à la même époque, Alain Cribier, quelques étages au dessus, travaillait alors sur la thrombolyse intracoronaire. A son retour en France, il fera les premières désobstructions par voie intracoronaire chez l'homme avec la streptokinase, devançant les équipes américaines freinées de l'autre côté de l'Atlantique par les exigences de la FDA » se souvient P Gueret. « Pour ma part, je me consacre à l'étude des variations de volumes et de la fonction après infarctus expérimental en échographie bidimensionnelle par comparaison à la ciné-angiographie » résume P Gueret.


Un clinicat dédié à l'échographie cardiaque

De retour des E-U, P Gueret fait son clinicat à Ambroise Paré dans l'équipe de Jean-Pierre Bourdarias. « Il s'agit d'un des tous premiers services de cardiologie à l'APHP à disposer d'un échographe que l'on peut utiliser au lit du malade, y compris en soins intensifs à la phase aiguë de l'infarctus. C'est comme ça que l'on participera à l'une des premières publications sur la rupture septale à la phase aiguë » se souvient P Gueret. « A la fin de ce clinicat, en absence de poste de titulaire, je fais un bref passage en ville à Paris. A l'époque, un gros cabinet privé m'accueille pour faire des échographies cardiaques. J'investis dans un échographe d'occasion, ... une ruine. Et quand ça commence à rouler, je jette l'éponge. Je pars prendre un poste de professeur à Limoges : j'y passerai 7 ans. »


De Limoges à Créteil, une pratique qui suit les progrès de l'imagerie

« Durant ces sept années, l'échographie cardiaque explose. Les sondes transoesophagiennes arrivent. Et du fait de ces développements, les besoins en formation sont énormes. J'essaye d'y répondre et me déplace beaucoup. Je suis dans la foulée le premier professeur à être nommé en cardiologie avec la spécification « échographie ». En 1992, je rejoins Alain Castaigne et Jean-Claude Cachin à Henri-Mondor. Ensemble, nous fédérerons les moyens de ces trois services de cardiologie dans une « fédération de gestion commune » quand d'autres CHU choisissent d'autres modèles de fonctionnement. Tous les grands centres vont en effet évoluer progressivement vers une mutualisation des moyens. Pendant ce temps, après l'échographie c'est l'IRM et le scanner qui arrivent en cardiologie » résume P Gueret. « Et à leur tour les nouvelles générations partent se former Outre-Atlantique comme Jérôme Garot à qui je conseille de se spécialiser en IRM avant qu'il devienne, à son retour, mon adjoint dans le service. Car il faut s'adapter aux virages importants. »


« Pour une SFC ouverte à tous »

« La SFC se doit de représenter toutes les composantes de la cardiologie. Elle a donc pour mission de fédérer et de s'ouvrir, sans nécessairement attendre de contre-partie, au delà des cardiologues des CHU, les cardiologues des CHG, les cardiologues libéraux, les chercheurs, les jeunes cardiologues en formation ... sans compter la FFC, déjà largement associée à la SFC depuis 2 ans », résume P Gueret.

« Dans cette optique, mes prédécesseurs ont impliqué les CHG via les registres. Je souhaite aller plus loin et qu'ils soient nombreux à adhérer et pouvoir ainsi se présenter à l'élection du CA. Je suis en effet favorable à un CA rassemblant des cardiologues de tous horizons ».

« Je compte par ailleurs poursuivre les efforts pour réactiver, soutenir la recherche clinique française. La cellule de recherche clinique doit être renforcée avec le développement d'offres, de conseils méthodologiques et biostatistiques, d'aide à la rédaction en anglais... etc. Par ailleurs, nous travaillons avec la FFC sur un projet de fondation qui permettra de lever des fonds privés industriels mais aussi en provenance des associations, des assurances, des particuliers. Ce projet a pris du retard mais la fondation devait être créée courant 2008. »

« LA SFC vient aussi de créer un "groupe des cardiologues en formation" (internes, chefs de clinique et assistants des CHG). Il y a un bureau avec des représentants dans chaque inter-région. L'idée est de leur offrir une place, les moyens de participer aux groupes de travail, un mode d'expression qui leur soit propre ».

« Côté publications, les Archives des maladies du coeur et des vaisseaux ayant un facteur d'impact assez faible, il est difficile d'attirer les publications des jeunes. La SFC a donc décidé d'interrompre cette publication qui sera remplacée par deux revues, toutes deux éditées chez Elsevier- Masson :

  • une revue de langue anglaise pour les travaux originaux, Archives of cardiovascular diseases, avec un comité de rédaction constitué autour d'Ariel Cohen.
  • une revue de langue française d'Archives pratiques plus orientée FMC autour de Jean-Yves Artigou.

« La SFC voudrait par ailleurs contribuer à faire passer de 4 à 5 ans l'internat de cardiologie comme d'autres spécialités (chirurgie, radiologie...) et créer des DESC complémentaires validant en rythmologie, cardiologie interventionnelle, cardiopédiatrie, qui semblent nécessaires pour réguler les flux ».

« Je veillerai aussi à poursuivre le rapprochement nécessaire avec les autres disciplines qui nous sont proches comme la radiologie. Nous avons, il y a plus de deux ans déjà, constitué un groupe de travail rassemblant des cardiologues et des radiologues des CHU, CHG et libéraux. Cette collaboration scientifique devient indispensable notamment pour valider les nouvelles techniques. Une étude de validation du scanner coronaire, EVA-SCAN, est en cours. Il a été aussi nécessaire de faire évoluer l'enseignement vers un DIU d'imagerie de coupe en pathologie cardiovasculaire ouvert en 2006, et ceci de manière équilibrée aux deux spécialités. »

« Enfin, la SFC doit tout mettre en oeuvre pour renforcer la présence française dans la Société Européenne de Cardiologie, augmenter la participation des cardiologues français aux postes de responsabilité dans les groupes de travail et différents comités » conclut P Gueret.




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