La dépendance des personnes âgées augmente le risque de mortalité lors d'un accident coronarien
24 septembre 2008 | Dr Muriel Gevrey

Paris, France — Lors du Congrès International d'Epidémiologie (Paris), le Dr Matthieu Plichart (INSERM U 909, Centre de recherche cardiovasculaire de Paris) a indiqué que la dépendance des personnes âgées n'est pas un marqueur du risque coronaire mais elle augmente la mortalité après un accident aigu. Ces résultats ont été obtenus grâce à l'analyse de l'étude des trois cités (étude 3C menée à Bordeaux, Montpellier, Dijon) [1]. Dans le même ordre d'idée, le Dr Julien Dumurgier (INSERM U 708, La Pitié-Salpêtrière, Paris) montre que la réduction de la vitesse de marche est un facteur pronostique de survenue d'un accident coronaire chez la personne âgée [2].

Dr Plichart
Les auteurs de la première étude ont étudié plus de 7000 personnes âgées de l'étude 3C, une cohorte multicentrique réalisée chez les plus de 65 ans en population générale. Les individus ont été répartis en trois groupes selon leur niveau de dépendance évaluée au moyen de trois échelles validées (Rosow, Lawton, Katz). 264 évènements coronariens ont été recensés.

En ce qui concerne les évènements fatals, il existe un lien entre la dépendance et la survenue de l'accident mortel. « Ce lien existe même chez les plus légèrement dépendants. Il semble y avoir une augmentation graduelle du risque selon le degré de dépendance » indique M Plichart. En revanche, pour les évènements coronariens non fatals, il n'y a pas de différence entre les patients autonomes et les sujets dépendants. L'association se vérifie en analyse multivariée.

Modèle de Cox ajusté sur l'âge, le sexe, le centre, les facteurs de risque CV, le score MMSE, l'existence d'un syndrome dépressif, le nombre de médicaments quotidien et les facteurs socio-économiques

Risque relatif d'événement fatal
(IC à 95 %)
Risque relatif d'événement non fatal
(IC à 95 %)
Autonomes
(n = 4080)
1 (référence)
1 (référence)
Dépendance légère
(n = 2712)
1,8 (0,9-3,8)
0,8 (0,6-1,1)
Dépendance modérée et sévère
n = 562)
4,5 (1,8-11,3)
1,3 (0,7-2, 3)
p tendance
< 0,02
0,85

« En résumé, la dépendance ne prédit pas la survenue d'événement coronaire mais elle augmente le risque de décéder lorsque l'accident survient. C'est plutôt un marqueur de pronostic qu'un marqueur de risque de la maladie coronaire » indique l'épidémiologiste.

Agir sur la dépendance, notamment par le biais de l'activité physique, pourrait permettre de réduire la mortalité chez ces sujets — Dr Plichart (INSERM U 909, Paris)

Comme explications, il avance : « d'une part il y a les facteurs potentiellement associés à la dépendance (la sévérité et la prise en charge), et d'autre part, la dépendance peut également constituer un facteur pronostique en soi (à sévérité égale, un sujet dépendant a plus de risque de mourir lorsqu'il fait un accident coronaire car il est plus fragile qu'un sujet autonome). Ce sont des notions déjà évoquées par Vaccarino en 1997 [3]. Le Dr Plichart ajoute : « La dépendance est un facteur pronostique en soi. Elle renvoie à la fragilité avec des patients moins aptes à faire face lors de la survenue de l'accident coronaire. Agir sur la dépendance, notamment par le biais de l'activité physique, pourrait permettre de réduire la mortalité chez ces sujets » conclut-il.


Marcher lentement augmente le risque cardiovasculaire

Autre étude mais aux conclusions très voisines sur la même cohorte. « Nous avons étudié la relation entre la vitesse de marche et la survenue de décès dans une population âgée et évalué l'association entre vitesse de marche et les causes immédiates de décès » a expliqué Julien Dumurgier. Car, la réduction de la vitesse de marche est multifactorielle : elle fait intervenir la mobilité, l'âge, mais elle est aussi corrélée à une augmentation de l'épaisseur artérielle, de l'homocystéinémie et du LDL-cholestérol. De plus, peu d'études se sont intéressées à l'impact de la vitesse de marche sur la mortalité même si la perte de mobilité augmente manifestement le risque de chutes, d'hospitalisation et de troubles cognitifs.

Au total, 3628 patients du seul centre de Dijon ont été inclus et suivis pendant 5,1 ans. La mesure de la vitesse de marche a été faite à l'aide de cellules photo-électriques sur une distance de six mètres parcourue à la vitesse maximale. Les sujets étaient répartis en tertiles sexe-dépendants avec une comparaison du tertile inférieur au deux supérieurs.

« Après ajustement sur le facteurs de confusion, le tertile de vitesse de marche le plus faible est associé à un risque accru de décès avec une forte significativité » explique Julien Dumurgier. En analysant par causes de décès, les décès d'origine cardiovasculaire sont significativement augmentés alors que les décès de cause tumorale ne sont pas modifiés. 

« Il existe une relation entre la vitesse de marche et les décès cardiovasculaires car les facteurs de risque vasculaire sont associées à une atteinte du système nerveux central. Il a été démontré des hypersignaux à l'IRM dans la substance blanche qui sont associés à une diminution de la vitesse de marche » a expliqué le spécialiste.

Références
  1. Plichart M. Barberger-Gateau P, Tzourio C et coll. Dépendance et maladie coronaire chez le sujet âgé non institutionnalisé. Etude 3C. Revue d'épidémiologie et de santé publique. Hors-série septembre 2008. Vol. 56 2008, abstract G1-4, p. S283
  2. Dumurgier J, Elbaz A, Tavernier B et coll. Vitesse de marche et prédiction du risque de décès et d'évènements cardiovasculaires chez le sujet âgé. Revue d'épidémiologie et de santé publique. Hors-série septembre 2008. Vol. 56 2008, abstract G1-3, p. S283
  3. Vaccarino V, Berkman LF, Mendes de Leon CF et coll. Functional disability before myocardial infarction in the elderly as a determinant of infarction severity and postinfarction mortality. Arch Intern Med. 1997;157(19):2196-204.



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