Les antivitamines K encore au premier rang des accidents iatrogènes graves
1 octobre 2008 | Dr Muriel Gevrey

Saint Denis, France — D'après les résultats de l'étude de pharmacovigilance EMIR (Effets indésirables des Médicaments Incidence et Risque, financée par l'Afssaps), les AVK sont responsables de 0,45 % des hospitalisations, une fréquence comparable à celle relevée 10 ans plus tôt. Il faut néanmoins souligner que le nombre de patients traités a doublé en dix ans en atteignant 900 000 en 2007. L'Afssaps relance une campagne d'information sur le bon usage des AVK. Elle propose aussi un nouveau carnet de suivi pour le patient [1].

Anne Castot (chef du service de l'évaluation et la surveillance du risque et de l'information sur le médicament, Afssaps, Saint-Denis) a indiqué que 3,6 % des hospitalisations sont dues à un effet indésirable médicamenteux, selon EMIR. Une hospitalisation sur 200 (0,45 %) est motivée par un accident grave lié aux AVK.

32 % de l'ensemble des accidents médicamenteux toutes classes confondues étaient évitables et 16,5 % potentiellement évitables - Françoise Haramburu (Centre Régional de Pharmacovigilance, Bordeaux)

Il s'agit d'une étude prospective nationale menée en 2007 par le réseau des centres Régionaux de Pharmacovigilance sur un échantillon représentatif des services de spécialités médicales tirés au sort dans l'ensemble des CHU et des CH.

2962 malades de 63 services ont été inclus, 97 cas d'effets indésirables ont été rapportés soit 3,6 % des hospitalisations avec une incidence plus élevée chez les plus de 75 ans (5,5 % des hospitalisations). 0,45 % des hospitalisations est en rapport avec des accidents liés aux AVK.

« Le taux d'incidence de 0,45 % est comparable à celui observé en 1998 alors que le nombre de malades sous AVK a doublé » a indiqué Françoise Haramburu (Centre Régional de Pharmacovigilance, Bordeaux ». Dix ans après la première étude de ce type, les AVK restent à la première place des accidents médicamenteux sévères, sachant que les patients sont à la fois mieux traités et plus âgés, ce qui augmente le risque d'effet indésirable pour une classe thérapeutique difficile à manier. Les accidents des AVK représentent 12,3 % des hospitalisations pour effet indésirable en 2007.

Les 1res expériences avec les cliniques d'anticoagulant ne sont pas si concluantes et l'Afssaps mise plutôt sur l'éducation du patient et le bon usage du médicament — Anne Castot (Afssaps, Saint-Denis)

Comme l'a précisé Françoise Haramburu, « 32 % de l'ensemble des accidents médicamenteux toutes classes confondues étaient évitables et 16,5 % potentiellement évitables ».

Concernant les AVK, Anne Castot a insisté sur « la continuité des soins et la coordination entre les professionnels de santé ». Pour elle, les premières expériences avec les cliniques d'anticoagulant ne sont pas « si concluantes » et l'Afssaps mise plutôt sur l'éducation du patient et le bon usage du médicament.


La moitié des patients ont un carnet de suivi

Ainsi, l'Afssaps a réactualisé ses documents d'information sur les AVK auprès des professionnels de santé.

« Un schéma commun à l'ensemble des autorisations de mise sur le marché des médicaments concernés a été élaboré, la mise au point a été actualisée et sera prochainement adressée aux professionnels de santé » peut-on lire dans le communiqué de l'Afssaps.

À noter qu'en Août 2008, la Haute Autorité de Santé a publié un référentiel sur le surdosage en AVK [2]. Le carnet-patient a lui aussi bénéficié d'une mise à jour. Réalisé avec des associations, il propose notamment les 7 règles d'or à respecter et il permet de noter les INR au fur et à mesure des contrôles biologiques.

« Selon une enquête faite en 2007, un patient sur deux possède déjà un carnet » a précisé Bernard Delorme (responsable de l'unité information des patients et du public, Afssaps). « Nous avons observé que son utilisation améliore les connaissances. Les patients apprennent ce qu'est l'INR et les risques de thrombose et d'hémorragie s'ils ne sont pas en zone thérapeutique ».

Les carnets seront distribués aux médecins par la Fédération Française de Cardiologie et aux biologistes, pharmaciens par la Cespharm. Une affichette sera mise à disposition dans les salles d'attente pour sensibiliser les patients à l'utilisation du carnet de suivi. Le carnet présente une carte détachable indiquant le traitement et le médecin traitant, elle est à glisser dans le portefeuille. Les patients peuvent aussi tester leurs connaissances grâce à un « quiz » interactif disponible sur www.afssaps.sante.fr ou www.automesure.com.

Anne Castot a précisé que l'Afssaps fera une étude d'impact de ces différentes mesures.

Références
  1. Les matinées avec la presse. Afssaps, jeudi 25 septembre 2008.
  2. Référentiel sur le surdosage en AVK, Haute Autorité de Santé.



Vos commentaires
Les antivitamines K encore au premier rang des accidents iatrogènes graves
# 1 de 3
5 octobre, 2008 05:24 (EDT)
roger turbide
AVK
Malgré toutes les études qui "imposent" un Ttt par AVK notamment pour les AC/FA et FAP, je n'ai que très peu de patients sous AVK: pour les sportifs celà signifie arrêt du sport, soit un préjudice énorme. Pour les actifs professinnels ( travailleurs), un suivi impossible à réaliser.
Pour les PA le bénéfice attendu est faible. Bref peu de patients sont dans le créneau des AVK avec minimum de risques, et j'oublie les Ttts associés, les oublis et erreurs, la vue déficiente, la compréhension limitée de nombreux patients. Je ne parle même pas des psy dont addicts (alccol) etc......
Il faut cesser d'ouvrir le parapluie pour ne pas etre accuser de laxisme pour non- préscription .Notre rôle est patients-médecins, la justice et l'administration ne font pas partie des actes médicaux. c'est notre rôle de prendre des risques mesurés, nous ne sommes pas des fonctionnaires.
Roger Turbide
Cardiologue/Médecin du Sport/Cardio du Sport/Cardio gériatre/Cardio cong & pédiatrique.
# 2 de 3
5 octobre, 2008 02:55 (EDT)
zaki senhadji
INDICATION DES AVK
Je suis tout à fait d'accord avec vous cher docteur TURBIDE quant au fait que, hormis les indications indiscutables des AVK ( protheses mecaniques, FA valvulaires ) préscrire un AVK suscite une certaine appréhension voire inquiétude de la part du medecin traitant y compris moi pérsonnellement par rapport aux risques d'accidents hemorragiques.

mais je souhaiterai connaitre si cela est possible vos "indications " personnelles de TRT par AVK . merci.
dr zaki senhadji cardiologue libéral
# 3 de 3
5 octobre, 2008 04:15 (EDT)
roger turbide
BREVE REPONSE
1° Les patients ayant des atcd emboliques notamment AC/FA avec ou sans dilatation OG
2° thrombophlébite haut placée avec ou sans filtre cave,surtout si ATCD d'EP. NB j'ai une patiente jeune, TP cérébrale sous AVK signes OPH et neuro initiaux.
3° prothèses valv mécaniques
4° je dois en oublier mais souvent un AAP voire 2 sont corrects pour les autres patients qui sont au moins 20 fois plus nombreux.
R Turbide Cardiologue ( libéral, CHG, CMS )


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